La déforestation gagne du terrain en Roumanie (Jurnalul National)

Au contraire de ses voisins qui ont sévèrement limité leurs exportations de bois, la Roumanie voit des millions de mètres cubes lui échapper, et la déforestation gagner du terrain. Jurnalul National dresse un constat inquiétant de la situation.

Il y a un an, les fédérations professionnelles de l’industrie du bois saisissaient l’Etat roumain au sujet de l’émergence d’une nouvelle espèce qui dévastait les forêts, la « termite chinoise« , redoutée dans le monde entier pour son appétit insatiable. Cette interpellation faisait suite à une augmentation inquiétante de l’exportation de bois industriel vers la Chine. Ainsi, dans les neuf premiers mois de 2010, les statistiques officielles montraient une exportation de grumes vers la Chine en valeur de 13,6 millions de dollars, soit plus de trois fois plus que sur la même période en 2009 ! Le phénomène a pris une ampleur particulière fin 2011, quand tous les conteneurs qui apportaient des produits chinois dans notre pays ont fait le retour chargés de grumes. Dans des pays voisins comme l’Ukraine, l’exportation de grumes a été interdite ; la Fédération de Russie a introduit un droit de douane de 25% sur l’exportation de cette matière première.

[…] Très actifs et très voraces, bien qu’on ne les voie pas se promener dans les forêts avec une hache sur l’épaule, les Chinois engloutissent une énorme quantité de bois. La Chine a dévoré ses forêts au rythme de sa propre croissance et, maintenant, face à la crise de l’eau et à tous les effets secondaires de la déforestation massive, elle cherche désespérément des ressources dans le reste du monde. Sachant qu’on pratique dans les Carpates une déforestation irrationnelle et sans pitié, les entreprises à capitaux chinois ont rapidement développé des réseaux d’exploitation du bois, rachetant des usines de cellulose. Ils prennent ainsi la place des exportateurs arabes, car les produits semi-finis sont plus rentables que les grumes. En fait, la Roumanie ne peut fournir que 5,7 millions de mètres cubes de résineux par an, la différence devant être assurée par l’augmentation du volume de bois exploité, contraire aux règles de gestion durable des forêts.

Le marché du traitement du bois de Roumanie est toujours dominé par quelques sociétés autrichiennes, avec Holzindustrie Schweighofer SRL comme leader. Dotés d’une bonne expérience en matière de tractations avec l’Etat roumain, avant que les Chinois ne s’y mettent, les représentants de ces sociétés ont contacté des représentants du ministère de l’Environnement et de l’Office national des forêts roumain (RNP) pour accélérer le règlement favorable des revendications de la société : ils souhaitent par exemple une modification des lois visant à réduire l’âge minimum pour la coupe du bois.

Entre 2005 et 2009, l’Etat a perdu 40 % de ses forêts. C’est ce qui ressort du rapport d’Eurostat : Forestry in the EU and the world » [L’exploitation forestière dans l’UE et le monde], de juin 2011. En ce qui concerne les petits propriétaires, possesseurs d’un demi-hectare à deux hectares, ils ne peuvent ni gérer ni surveiller leurs terrains. Et beaucoup d’entre eux n’ont pas une culture de la propriété, ils savent seulement qu’ils ont reçu quelque chose qui doit leur apporter des revenus.

La Roumanie est devenue l’objet d’un troc entre grandes entreprises du bois, grands bénéficiaires de la restitution, maires et dignitaires, les vrais nuisibles des forêts, peut-être la dernière ressource naturelle du pays qui puisse être exploitée sans trop d’efforts. Car, pour extraire le bois, il ne faut ni creuser, ni investir, ni innover, ni penser. Il suffit de mettre la main sur la forêt, puis la tronçonneuse. Des dizaines de milliers de Roumains coupent illégalement des arbres, augmentant – on ne sait combien – le chiffre déjà significatif des 17 millions de mètres cubes coupés légalement. Pour beaucoup, l’exploitation forestière illégale est la condition même de leur subsistance, mais leurs bénéfices restent modestes. La plus-value augmente cependant de manière significative au niveau des exportateurs. De plus en plus friands de bois, ces derniers pressent par tous les moyens, soudoient, font du lobby pour changer les lois en leur faveur, pour satisfaire leur irrépressible besoin de ressources.

Un article à lire en entier dans la version online du Courrier International.

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