La Roumanie a appris à cohabiter avec 6 000 ours

Un reportage très intéressant à lire sur 24heures.ch. Extraits :

Viorel Sulical salue à l’ancienne en retirant son chapeau. Avec ses chiens, ce berger roumain garde une cinquantaine de moutons. «Des attaques d’ours? J’en ai eu! Une fois, un mâle a même attrapé un mouton sous mes yeux. J’ai essayé de le sauver. En vain: je tirais d’un côté et l’ours de l’autre.» Et puis? «Fin de l’histoire! L’ours a mangé. C’est comme ça, la vie par ici.»

Le berger se moque en entendant parler des craintes suscitées par la présence de deux ours en Suisse. Car la région de Brasov, où il vit, abrite quelque 900 des 6000 ours de Roumanie. […]

«La relation avec les ours était bien mal partie», explique Ovidiu Ionescu, professeur à l’Université de Brasov. Ce scientifique, qui préside l’association des chasseurs de la région, a aussi été le ministre roumain des Forêts de 2001 à 2003. «Nicolae Ceausescu avait interdit leur chasse. Seuls lui et ses invités avaient le privilège d’en tuer une vingtaine par année.» Du coup, 8000 ours surpeuplaient les forêts. «Après la révolution de 1989, les Roumains n’ont plus voulu s’occuper de ces animaux que les communistes avaient tant protégés.»Dix ans plus tard, ne trouvant plus de quoi se nourrir, les ours sont littéralement descendus en ville pour fouiller les poubelles.

En 2005, à Brasov, plus d’une quarantaine d’ours venaient à la tombée de la nuit se nourrir sous les yeux de centaines de curieux. Cette proximité a rapidement tourné au drame. Ramon Romulus Jurg, chercheur à l’Institut national de l’aménagement forestier, raconte l’histoire d’un groupe de jeunes qui faisaient des grillades. «Un ours s’est approché. Ils lui ont donné des morceaux de viande. Puis ils lui ont lancé un morceau de charbon ardent. De douleur, il a foncé droit sur le feu. Il s’est brûlé et est devenu furieux.» Résultat: deux morts et neuf blessés.

Un plan d’urgence a dû être mis en place. Les poubelles sont ramassées tous les soirs dans des containers spéciaux difficiles d’accès pour les ours. Interdiction aux habitants de nourrir ou de s’approcher des ours sous peine d’une amende de 400 euros – une véritable fortune dans un pays où le salaire mensuel moyen est de 300 euros. La police veille au grain. «Les gardes forestiers placent de la nourriture en forêt et utilisent des sprays pour écarter les ours qui s’approchent», explique Ramon Romulus Jurg.

Certains ours trop familiers ont dû être endormis et déplacés ailleurs. La méthode marche souvent, mais pas toujours. «Les jeunes ours sont redevenus sauvages, mais les adultes sont allés dans les villages et ont causé des dégâts. Ils ont dû être abattus.» Cette année, seule une femelle descend encore de temps en temps, constate le spécialiste.

Désormais, la philosophie roumaine est de garder ces bêtes les plus sauvages possibles. D’abord en conservant leur habitat: 14% du territoire national, surtout des forêts, est protégé de toute construction. En théorie du moins, car il existe beaucoup de déforestations sauvages. La gestion de l’ours, le pays l’a pour ainsi dire privatisée. «Nous ne pouvons pas réguler la population, explique Ovidiu Ionescu, ex-ministre. Les lois européennes sont absurdes: elles sont conçues pour des pays où l’ours a été exterminé… Mais elles nous autorisent à tuer les ours qui causent des dégâts. C’est ainsi que nous réussissons à stabiliser leur nombre. Et, quand nous en abattons un, pourquoi le faire gratuitement?» […]

L’ancien ministre Ionescu balaie le reproche: «Il y a 6000 ours, alors que le nombre optimal n’est que de 4000. C’est la preuve que le système fonctionne. En Autriche, où toutes les conditions naturelles sont réunies, il n’y a pas d’ours! Ce pays n’a pas su créer des groupes d’intérêt qui les protègent. En Roumanie, l’intérêt économique a permis que, nous les chasseurs, nous sauvions les ours. Tant que nous sommes critiqués par les extrémistes, les ONG étrangères qui veulent protéger l’ours à tout prix et ceux qui veulent l’exterminer, surtout les propriétaires de bétail, c’est que nous faisons du bon travail!» […]

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s